
Eté 2025
Un moment profondément lié à la vie, à la fin de vie, à la conscience du départ.
L’assistante sociale me demande si je peux accompagner une vieille dame chez le coiffeur, dans le quartier. D’accord.
Nous partons en fauteuil roulant. C’est l’été. Il y a deux coiffeurs dans le coin. Nous sommes à Neukölln ; ils sont tenus par des hommes.
Le premier, comme prévu, nous envoie promener. J’ai beau insister : « Mais c’est une grand-mère », « Elle a déjà les cheveux courts », « On ne peut pas aller bien loin »…
Rien n’y fait. Nous restons sur le trottoir.
Je tente alors le second salon. Je répète la même requête, presque la même supplique. Cette fois, il finit par accepter.
Et là, tout bascule.
Madame est non seulement parfaitement coiffée, mais choyée comme si elle était leur propre grand-mère.
On lui apporte un thé noir. Puis une bouteille d’eau minérale.
Le coiffeur la regarde dans le miroir en souriant. Elle lui rend son sourire. Elle tourne la tête à droite, puis à gauche, pour admirer les finitions. Elle sourit encore.
Moi, derrière eux, assise sur une banquette en skaï, je n’arrive pas à détacher les yeux de la scène. J’essaie aussi de retenir les larmes qui montent doucement face à ce qui ressemble à « la dernière coupe de cheveux ». Elle le sait. Je le sais. Et elle sait que je le sais.
Dans le grand miroir, nous échangeons quelques regards, des sourires complices.
Elle est magnifique.
Elle s’est préparée. En conscience.
Malgré son grand âge — ou peut-être grâce à lui — cette dame dégageait un rayonnement particulier, mêlé d’une grande finesse et d’une grâce rare. Un regard bleu clair, posé, apaisant pour quiconque s’y plongeait. Il émanait d’elle un calme lumineux. Une véritable beauté.
Quand je suis revenue sept jours plus tard, elle se trouvait dans l’une des toutes dernières étapes du processus de mort, sans sédation. Une infirmière m’a proposé de rester pour l’accompagner. Je n’en ai rien fait. J’ai eu peur de la déranger.
On peut choisir de mourir seul.e.
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